Il s'est arrêté là un jour
ce matin-là était différent
car ce matin-là
comme née de ses mains
il avait trouvé une source
comme si elle avait toujours attendu là sa soif
un rêve particulier
aussi haut que la montagne qui partage les eaux
il disait
« la terre n'est jamais impénétrable
une goutte d'eau c'est une goutte de vie
et ce qui voyage en elle, nous revient toujours
la terre n'a pas de rancune
elle est généreuse et reconnaissante aux mains
qui la creusent
qui la travaillent
un arbre
une fleur
une source
c'est pareil
c'est sa paix ».
Ce matin-là
et durant tant d'autres qui suivirent
de cette source-là
il en fit une fontaine
au détour du chemin
une belle augure
une halte
un bonheur oublié
un étonnement au bout du sentier pour celui qui passera
peut-être un jour
" tiens, il y avait une fontaine ici "
il disait :
« je me cacherai pour voir ce bonheur-là
un enfant viendra
lancera une pierre
et rira aux éclats
un soleil fera jouer une lumière
et moi disait-il
j'essaierai de ne pas être trop orgueilleux ».
Ce matin-là était différent
il y avait une source
de ses mains
il en fit une fontaine
là-bas, au bout du sentier, derrière une grappe d'oliviers ;
allez voir si je mens ...
plus tard, bien plus tard
il y aura encore cette fontaine
ainsi on lui avait appris à aimer la terre
sans même en posséder un seul recoin
un seul détour
un seul jardin
et c'est ainsi qu'il venait nous l'apprendre à son tour
là-bas, au bout du sentier, derrière une grappe d'oliviers ;
allez voir si je mens ...
mais où qu'ils soient et quelle que soit leur terre
les hommes des fontaines doivent sans doute se ressembler
avoir les mêmes gestes d'amour au creux des mains
et peut-être la même histoire
un peu comme celui que Jean Giono croisait sur ces chemins de Provence
Mon ami le fontainier m'a dit :
« la vie, c'est de l'eau ;
mollis le creux de la main
tu la gardes
serre le poing
tu la perds ».
Je le revois encore
il était là devant moi
avec sa seule main d'homme des fontaines...
il l'ouvrait
creuse comme un petit bassin de pierre
taillé goutte à goutte par la source
il l'ouvrait : tu la gardes
et puis soudain il la serrait en nœuds de rocher : tu la perds
mon ami le fontainier m'a dit :
« ce que je veux
ce que je veux vous apporter
c'est de l'eau claire ».
GF Bernardini
source:http://www.muvrini.com/for_pdf/Le%20Fontainier.doc